danielle-humbey-barriere-hauteurDanielle Humbey-Barrière

Née en 1947 à Lons-Le-Saunier (Jura) Danielle Humbey-Barrière s’est formée à son art aux Ecoles des Beaux-Arts de Paris, de Rouen et à l’Académie de la Grande Chaumière à Paris ainsi qu’à l’Ecole des Arts Décoratifs de Strasbourg.

L'œuvre

L’œuvre de Danielle Humbey-Barrière se situe à la limite du figuratif et du non figuratif, je ne parle pas sciemment d’art abstrait car l’abstraction, dans son essence, n’est pas de l’ordre de l’art, mais de la pensée. Or les compositions de cette artiste ne sont qu’illusions furtives aux objets, aux personnages et aux lieux, comme dans ses rêves qui triturent les souvenirs, les font surgir et s’évanouir dans les apparences de ses gris, de ses noirs, comme des effets de flash. Des bouts d’étoffe, de vieux papiers s’y trouvent incorporés sous la matière à la fois douce et glissante aussi bien qu’opaque, du pastel qui revêt des cartons dont elle fait usage. Collages donc, mais sans cette rudesse avouée, promue que l’on trouve, par exemple, chez Kurt Schwitters et ses semblables, et dans une vision d’ensemble bien fondue «  Aller vers le secret des choses sans les dévoiler »  dit-elle. Comment ne pas la citer : «  La couleur noire, dans un tableau, perle, évoque le silence, sa densité, son épaisseur, son obscurité. Comparable à la terre, elle est le réceptacle de la mémoire ; à toute instant les choses peuvent se mettre en mouvement, le blanc est là pour nous le rappeler , il ouvre portes et fenêtres »
Il y a dans ses œuvres des longues plages de lavis gris et noir, au creux desquelles jailli une lumière venue de loin, comme de l’extrémité d’un  tunnel, et de hauts portants qui, tour à tour ou simultanément fixent et contrarient ces perspectives indécises, comme dans un théâtre où réminiscences, intimité et angoisse se partagent.
Otto Meyer Amden, cet artiste des valeurs si éminent et pourtant si peu connu chez nous, n’est pas bien loin , bien que plus sensible aux figures humaines et dont le sentiment d’angoisse naît de la répétition (tout comme à leur manière Gustave Doré, Fortunato Depero et, dans le théâtre, Tadeuz Kantor).
Mais, il y a aussi, dans cet art que nous distinguons aujourd’hui, des concrétions moins évanescentes, des œuvres-objets que l’on diraient hantées par la figure humaine et que l’on ressent aussi à la limite de l’angoisse, ou bien qui s’imposent à vous avec la force d’un bouclier d’airain , mais qui dissimule un carton que le pastel a lissé comme une peau, comme un fin pelage.
Pourtant, j’ai conscience que mes commentaires, mes approches verbales font écran à la vision directe des œuvres et, qui est essentielle. La réelle valeur, l’authenticité d’une œuvre s’apprécie par elle même et le discours n’est indispensable que pour cet  « art conceptuel »  d’aujourd’hui, lequel, sans lui, ne saurait avoir d’existence. Mais, n’est-il pas vrai,  il faut bien user de la parole pour louanger l’artiste que nous avons le plaisir de distinguer aujourd’hui.

Victor Beyer, ancien conservateur en chef des musées de Strasbourg et du département des sculptures au musée du Louvres. 20 Mai 2000

« …Les compositions de Danielle Humbey-Barrière sont construites comme des labyrinthes et quand le spectateur pénètre dans l’une de ses œuvres il s’enfonce dans les méandres obscures de sa propre mémoire. Si les souvenirs sont différents d’un être à l’autre, les processus de mémorisation, d’oubli et de remémoration sont des invariants indépendants du temps et des cultures. Danielle Humbey-Barrière nous fait prendre conscience du fait que, l’exploration de sa propre mémoire peut, pour tout individu, se transformer en un voyage de découverte, et aussi comment, le temps qui passe peut modifier le passé en transformant le souvenir. La technique, l’expression et la réflexion viennent sans arrêt se répondre et se soutenir. Comme pour mieux faire prendre conscience de la profondeur des régions du cerveau qu’il faut explorer, l’artiste creuse l’espace de ses compositions, modèle et effeuille les vieux papiers avant de les superposer, comme le temps va modeler, déformer et voiler le passé. L’artiste découpe, plie, déchire, colle, dessine inlassablement, pour nous offrir des œuvres vibrantes, chargées d’émotions, des tableaux remplis d’interrogations dans lesquels équilibre et harmonie sont au rendez-vous, des tableaux qui vivent leur vie propre en dehors de la volonté de l’artiste, des œuvres d’une grande qualité, fruit de longues années de travail, de recherche et d’évolution continue ».

Christian De Moor, galeriste, Strasbourg 1999

« …La fragilité du support papier, comparable à un réseau de signes mystérieux, délivre au fil du temps des paysages inaltérables. Le travail du papier, contrairement à la toile est un travail de dépouillement pour arriver au plus près de la fragilité. Au-delà de la déchirure, du pliage, de la transparence, il me donne à voir et toucher des choses impossibles, innommables. Ce qui m’intéresse c’est l’envers des choses, envers inconscient de l’espace, plus près ou plus loin, apparition, disparition… Aller vers le secret des choses sans le dévoiler. »

Danielle Humbey-Barrière

Formation artistique

  • Ecole des Beaux-arts de Paris
  • Académie de la Grande Chaumière, Paris
  • Atelier du Peintre d’icônes Nicoläs Greschny (techniques des peintres anciens)
  • Atelier du sculpteur Georges Muguet (élève d’Antoine Bourdelle), Paris
  • Ecole des Beaux-arts de Rouen (sculpture)
  • Ecole des Arts-décoratifs de Strasbourg
  • Atelier du sculpteur Denis Roth, Strasbourg